L’affaire du bureau fermé
— Reprenez depuis le début, monsieur Delmas.
L’homme assis face à la détective soupira. Depuis son arrivée, il triturait l’alliance qu’il portait à l’annulaire droit.
— Je vous ai déjà tout raconté.
— À la police. Pas à moi.
Élise Varenne posa son stylo sur son carnet.
— Depuis votre arrivée chez votre frère, s’il vous plaît.
Delmas regarda quelques secondes la pluie couler le long de la fenêtre.
— Il devait être vingt heures trente quand je suis arrivé. Peut-être vingt heures trente-cinq. Il pleuvait énormément. J’étais trempé avant même d’atteindre la porte.
— Votre frère vous attendait ?
— Oui. Nous devions dîner ensemble. Enfin… discuter surtout.
— De quoi ?
Delmas hésita.
— De notre père. Il est mort il y a six mois. Adrien avait repris l’entreprise familiale et racheté mes parts. Nous étions en désaccord sur leur valeur.
— Un désaccord important ?
— Suffisamment pour que nous ne nous parlions presque plus.
— Continuez.
— C’est madame Aubry, sa gouvernante, qui m’a ouvert. Adrien travaillait dans son bureau. Elle m’a proposé de l’attendre au salon.
— Qui d’autre était présent ?
— Clara, la femme d’Adrien. Elle est descendue vers neuf heures moins le quart. Elle avait pleuré. Je lui ai demandé ce qui n’allait pas, mais elle m’a envoyé promener.
— Et ensuite ?
— Le docteur Ravel est arrivé vers neuf heures. C’était un ami de la famille. Adrien l’avait appelé dans l’après-midi pour des médicaments.
— Quand avez-vous vu votre frère pour la dernière fois ?
— Vers neuf heures dix. Il est sorti de son bureau quelques secondes. Il avait l’air furieux. Il a demandé du café à madame Aubry. Puis il m’a regardé et m’a dit : « On parlera après. »
— Et il est retourné dans son bureau ?
— Oui.
Delmas passa une main sur son visage.
— Madame Aubry a préparé son café. Je l’ai vue revenir presque immédiatement avec le plateau. Adrien lui avait demandé de le laisser devant la porte.
— Étrange.
— Avec mon frère, pas vraiment.
— Et vous ?
— J’ai attendu. Le docteur est parti peu après. Clara est remontée. Madame Aubry était dans la cuisine. À dix heures, j’en ai eu assez.
— Qu’avez-vous fait ?
— Je suis allé jusqu’au bureau. J’ai frappé. Aucune réponse. J’ai appelé Adrien. Toujours rien.
— La porte était verrouillée ?
— Oui. Adrien gardait généralement la clé sur lui.
— Comment êtes-vous entré ?
— Madame Aubry avait un double. Je l’ai appelée. Elle a ouvert.
Delmas s’arrêta.
Pour la première fois depuis le début de son récit, il ne regardait plus Élise.
— Qu’avez-vous vu ?
— Pas grand-chose au début. Le bureau d’Adrien est une grande pièce, mais son meuble est placé en travers, face à la fenêtre. Depuis la porte, on en voit surtout l’avant. Adrien était derrière.
— Vous êtes entré ?
— Deux ou trois pas. Pas davantage. Madame Aubry était derrière moi.
— Et votre frère ?
— Affaissé derrière son bureau. Je voyais son bras dépasser sur le côté et une partie de son épaule. J’ai compris immédiatement.
— Vous vous êtes approché du corps ?
— Non.
— Pourquoi ?
— Madame Aubry s’est mise à hurler. Et moi… je ne sais pas. Je suis resté figé. J’ai sorti mon téléphone et appelé la police.
Élise prit quelques notes.
— Qu’avez-vous remarqué d’autre ?
— La pièce était sens dessus dessous. Des papiers par terre, un fauteuil renversé… et la fenêtre était grande ouverte.
— Au premier étage ?
— Oui. Mais une gouttière passe juste à côté. Avec la porte verrouillée, j’ai immédiatement pensé que le meurtrier avait pu s’enfuir par là.
— Sous cette pluie ?
— Ça paraît fou, je sais.
— Avez-vous touché quelque chose ?
— Absolument rien.
— Madame Aubry ?
— Non plus. Elle n’a même pas franchi la porte.
Élise nota encore quelques mots.
— Que s’est-il passé ensuite ?
— La police est arrivée une dizaine de minutes plus tard. Ils nous ont fait sortir du couloir et nous ont demandé de rester dans le salon.
— Vous êtes retourné dans le bureau ?
— Non.
— Les policiers vous ont parlé de leurs constatations ?
Delmas eut un petit rire sans joie.
— Vous plaisantez ? Ils ne nous disaient rien. Ils ont séparé tout le monde et nous ont interrogés pendant des heures.
— Et depuis ?
— Rien de plus. C’est justement pour ça que je suis venu vous voir.
Il se pencha vers elle.
— La police me soupçonne, madame Varenne. Je le sais. J’avais un conflit avec Adrien. J’étais dans la maison. Mais je n’ai pas tué mon frère.
Élise ne répondit pas.
— Vous devez comprendre quelque chose, poursuivit-il. Adrien pouvait être odieux. Il avait humilié Clara plusieurs fois. Il traitait madame Aubry comme une domestique d’un autre siècle. Même le docteur avait eu des problèmes avec lui.
— Beaucoup de suspects, donc.
— Exactement.
Un silence s’installa.
Delmas regarda de nouveau la pluie.
— Et puis cette façon de mourir…
— Que voulez-vous dire ?
— Être tué avec cette statuette, c’est presque grotesque.
Élise releva légèrement les yeux.
Delmas continua.
— Notre père nous l’avait rapportée de Grèce quand nous étions enfants. Une lourde statuette en bronze représentant Athéna. Adrien la gardait toujours sur son bureau. Il y tenait énormément.
— Je vois.
Élise ne répondit pas.
Elle tourna simplement une page de son carnet.
— Lorsque vous avez découvert votre frère, vous êtes donc resté à deux ou trois pas de la porte ?
— Oui.
— Vous ne pouviez pas voir derrière le bureau ?
— Je vous l’ai dit.
— Et madame Aubry est restée derrière vous ?
— Oui.
— Puis la police vous a immédiatement fait quitter le couloir.
— Exactement.
— Et personne ne vous a parlé de ce qu’elle avait découvert dans la pièce ?
Delmas commença à s’agacer.
— Non. Pourquoi toutes ces questions ? Je viens de vous expliquer que la police ne nous a rien dit.
Élise Varenne le regarda quelques secondes.
Puis elle referma doucement son carnet.
— J’ai trouvé.
Et vous ?
Élise Varenne sait désormais qui a tué Adrien Delmas.
Avez-vous trouvé le meurtrier ?
Et surtout : quel détail l’a trahi ?
Vous souhaitez un indice ?
Pour trouver le meurtrier, ne cherchez pas ce qu’il a fait. Cherchez plutôt ce qu’il sait.
La solution
La solution est Delmas, le frère d’Adrien.
Ce qui le trahit, c’est qu’il affirme qu’Adrien a été tué avec la statuette en bronze représentant Athéna.
Or, d’après son propre récit, il est resté près de la porte en découvrant le corps, sans pouvoir voir ce qui se trouvait derrière le bureau. Madame Aubry n’est pas entrée non plus, puis la police les a immédiatement éloignés et ne leur a rien révélé sur la scène de crime.
Delmas pouvait savoir que la statuette se trouvait habituellement dans le bureau. En revanche, il ne pouvait pas savoir qu’elle avait servi d’arme.
Il connaît donc une information que seul le meurtrier pouvait connaître.
C’est ce détail qui permet à Élise Varenne de comprendre que Delmas a tué son frère.
Vous avez trouvé le meurtrier ?
Bravo ! Mais résoudre une enquête confortablement installé derrière son écran est une chose… démasquer un meurtrier lorsqu’il se trouve juste devant vous en est une autre.
Avec les Murder Party Taktic, plongez au cœur d’une véritable enquête : interrogez les suspects, analysez les indices, confrontez les témoignages et tentez de découvrir la vérité avant qu’il ne soit trop tard.
À vous de mener l’enquête !
